LES ÉCRANS, ÇA REND ACCRO… de Michael Stora

Editions : Hachette

Ecrit par : Michael Stora, psychologue, psychanalyste. Il a créé l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH).

Paru en : 2007

Prix : 12€ TTC

Télé, jeux vidéo, tchats, blogs… Pour beaucoup, les écrans seraient dangereux. Pourtant, ils représentent une culture à part entière et offrent une incroyable occasion de réparer une image de soi parfois défaillante, chez les adolescents notamment. Voilà pourquoi cer­tains en font une consommation excessive… qui cesse souvent du jour au lendemain.

Extrait du livre :
LA TÉLÉVISION, L’IMAGE, C’EST PLUS FORT QUE TOI !

Qu’est-ce qu’une image ? Un dessin, une photo, une oeuvre d’art ? Le cinéma, la télévision, les jeux vidéo ? Tout cela constitue ce que l’on appelle «les images en général», sans marquer la distinction entre les images fixes (la photo, l’illustration…) et les autres, animées et plus récentes, comme celles qui «donnent vie» à ce que l’on voit sur les écrans. Malgré ce que certains tendent à affirmer, ces deux grands types d’images sont également créatifs : on peut en jouer en imagination, cette faculté de se représenter en esprit des images. Celles-ci tiennent une place grandissante dans notre société et dans notre vie. Elles nous imprègnent, nous fascinent.
Qu’elles nous émerveillent, nous fassent rire ou pleurer, nous horripilent, elles ne laissent jamais indifférent. Nous les aimons, même si elles nous mentent parfois. Elles sont le support naturel de notre imaginaire, de nos rêves, de nos souvenirs, de nos fantasmes, y compris les moins avouables… Nous y projetons nos sentiments, elles illustrent nos pensées, colorent notre langage. Nous leur attribuons un statut quasi sacré, en ce sens que, même si on les modifie à l’aide, par exemple, d’un logiciel comme Photoshop, on pense toujours qu’elles ont quelque chose de «vrai».
On aurait tort, cependant, de réduire les images à leur définition la plus courante, c’est-à-dire à la représentation visuelle d’un objet ou d’une personne. Il en est une autre, plus secrète, invisible, qui anime notre psychisme : l’image de soi. On pourrait dire qu’il s’agit de notre «photo» intérieure, plus ou moins idéalisée. Elle se compose à la fois de l’idée que nous nous faisons de notre apparence physique, de notre personnalité, de ce que nous pensons donner à «voir» aux autres, et du rôle que nous pensons jouer en famille comme en société. Bref, c’est nous. Un «nous» avec sa part d’idéalisation.
Cette image de soi constitue le support de notre identité, mais aussi de l’estime de soi, plus ou moins grande, que nous nous portons. Elle se construit par étapes dans l’enfance. Le corps en fournit une base, le bébé se découvrant à travers ses perceptions, sa sensorialité, ses actions sur le monde qui l’entoure. Mais elle s’échafaude aussi, et même surtout, dans les relations affectives. Le premier miroir dans lequel nous nous reflétons est le regard de nos parents, et particulièrement de la mère. Le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott affirmait que, pour s’épanouir, l’enfant doit pouvoir se sentir aimé, apprécié comme une «bonne personne», et développer ainsi un «narcissisme sain» lui permettant par la suite de «se respecter tout en étant capable de maintenir une bonne relation avec le monde extérieur». De développer, en somme, une bonne image de soi, et donc une bonne estime de soi, qui évolue avec le temps : à l’adolescence, elle accuse fréquemment un déficit, le processus pubertaire venant en troubler les contours, tant sur le plan physique que sur le plan psychique. 

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